Claude BRICHOUX, clerc juré en la justice locale de Vic, âgé de 47 ans ou environ, a dit et déposé que depuis que le sieur de BOURDONNÉ est gouverneur de Moyenvic il n’ a point voulu permettre aux officiers de la justice de faire les fonctions de leurs charges fait défense aux huissiers et sergents de mettre aucun jugement ni autre acte à exécution que le nommé THIRIET bourgeois de Vic ayant dit quelques injures aux officiers de la police de ladite ville et pour ce sujet condamné à une amende et réparation ledit sieur de BOURDONNÉ aurait empêché l’exécution de la sentence ainsi qu’il nous a fait voir par billets signés dudit sieur de BOURDONNÉ, que le nommé ROLLET, sergent, ayant fait quelques contraintes contre Mathis THIRIET pour la gabelle du vin qu’il devait appartenant à ladite ville ledit THIRIET l’aurait battu et excédé dont information ayant été faite et le procès instruit ledit sieur de BOURDONNÉ aurait empêché les officiers de rendre jugement et s’en serait attribué la connaissance comme il se voit par un autre billet signé de lui, que la nommée Barbe DROUOT ayant été condamnée au bannissement il l’a fait rentrer dans la ville, que lorsque les officiers de la police font quelque jet et régalement sur les bourgeois pour le payement des contributions quartier d’hiver et autres nécessités ledit sieur de BOURDONNÉ décharge les uns de leurs cotes et d’autres du quart, de la moitié ou des deux tiers comme bon lui semble particulièrement ceux qui travaillent pour lui tant de la ville de Vic que Moyenvic, que ledit sieur de BOURDONNÉ a dans ladite ville jusqu’à 29 …. bourgeois fort accommodés qu’il advoue pour soldats lesquels il exempte de logement de gens de guerre, contributions et autres levées qui se font sur les habitants, qu’outre ce il y a encore cinquante soldats et plus qui ont pris femme dans Vic et y font leur résidence lesquels sont aussi exempts et quoiqu’ils trafiquent de même que les advoués ils ne payent aucune gabelle à la ville, que les soldats de la garnison fourragent tous les héritages et jardins de la ville et des villages voisins, coupent quelque foi les arbres et que l’hiver dernier ils en ont coupé cinq dans une vigne et un jardin appartenant au déposant, qu’un particulier habitant Château-salins gardant une de ses vignes trois ou quatre des soldats de la garnison de Moyenvic y entrèrent par force et comme ledit particulier les voulu empêcher il fut tué sur le champ par l’un desdits soldats sans que l’on en ait pu avoir justice, qu’au mois de mars de l’année dernière ledit sieur de BOURDONNÉ fit faire visite des blés qui étaient dans Vic et ordonna aux bourgeois de lui en fournir 600 quartes au prix qu’il valait lors qui était de 30 gros dont régalement ayant été fait par les officiers de police il ne les fit lever à cause qu’il diminua de prix et au mois de novembre de ladite année que le blé valait 8 francs la quarte il obligea les particuliers de lui fournir ladite quantité de blé et n’en voulu payer que 30 gros, que de 600 quartes il en fit délivrer par quelques particuliers au munitionnaire de la garnison par ordre du nommé LA TREILLE, sergent et qui commande au château de Vic jusqu’à 160 quartes lesquelles ayant été réduite en farine et menées à Moyenvic pour la garnison le nommé GOURNAY domestique dudit sieur de BOURDONNÉ n’aurait laissé de leur faire délivrer une seconde fois sans en payer aucune chose disant qu’ils ne l’avait pas bien délivré, qu’au mois de février dernier ledit sieur de BOURDONNÉ ayant eu permission de lever sur la ville et évêché la quantité de 1000 quartes de blé à raison de 4 francs la quarte quoiqu’elle en valut 9 la ville de Vic aurait payé sa cote qui était de 140 quartes nonobstant quoi sans aucun ordre ledit sieur de BOURDONNÉ s’aurait au mois d’avril suivant fait faire nouvelle visite dans les maisons des particuliers par le sieur DESCARTES, lieutenant de Roy et autres officiers de la garnison qui auraient enlevé jusque à 251 quartes de blé qui est tout ce qui restait et n’en aurait payé aucune chose, que pour ce que les habitants des villages et communautés dudit évêché doivent payer desdits 1000 quartes ledit sieur de BOURDONNÉ en a traité avec eux pour en être payé aux moissons prochaines à la charge de lui en devoir quelque quantité plus grande que celle à laquelle ils ont été cotisé et que depuis deux mois ou environ il a forcé les particuliers habitants de Vic qui ont signé la plainte faite contre lui de fournir le pain de sa garnison à raison de 339 rations par jour, qu’il a une telle haine contre lesdits particuliers que lors du passage de l’armée d’Erlac il ne voulut permettre qu’ils réfugiassent aucune chose au château de Vic ni ailleurs et même pour ce sujet a fait sortir de la ville de Vic le lendemain de Pâques les sieurs DROUART, lieutenant général, LECHANGEUR, trésorier, THIRIET, maire de la ville et HUYN, receveur des deniers publiques, que depuis un an ou environ ledit sieur de BOURDONNÉ a obligé l’évêché de fournir par chacun jour cent hommes et plus pour aller à la corvée et travailler aux fortifications de Moyenvic, qu’il n’y a que la ville de Vic et quelques villages voisins qui fournissent les hommes qu’ils sont cotisés de sorte qu’il n’y en a pas plus de 30 ou 40 par jour, les autres bourgs et villages ayant traité avec ledit sieur de BOURDONNÉ à raison d’un franc par jour pour homme, que les maçons, tarillons et charpentiers qui travaillent aux fortifications sa plaignent qu’ils ne sont pas payés, que deux tarillons ayant abandonné pour ce sujet il a chassé leurs femmes hors de la ville, qu’il fait décharger lesdits ouvriers particulièrement les charpentiers des trois quarts des sommes auxquelles ils sont cotisés pour les contributions quartier d’hiver et autres nécessités de la ville à cause qu’il ne leur donne rien ou fort peu de leur travail, que depuis que ledit sieur de BOURDONNÉ est gouverneur de Moyenvic il a obligé les bourgeois de fournir le bois et la chandelle pour la garnison du château de Vic, ce qui ne se faisait auparavant, qu’il les oblige aussi de bailler des linceuls aux soldats dudit château pour le blanchissage desquels ledit LA TREILLE, sergent, tire tous les ans 20 F, qu’il a ouï faire de grandes plaintes aux laboureurs des charrois et corvées qu’ils sont contraints de faire pour ledit sieur de BOURDONNÉ, que l’un d’iceux a dit au déposant qu’il avait été l’espace de 3 semaines sans faire aucun charroi pour autre que pour ledit sieur de BOURDONNÉ, que quelques uns ont abandonné la ville pour ce sujet s’autres ont vendu leurs chevaux et ceux qui restent menacent encore de quitter s’il n’y est pourvu ajoute le déposant qu’en l’année 1647 s’étant rendu adjudicataire de la ferme de la gabelle du vin qui se vend en détail dans la ville de Vic ledit sieur de BOURDONNÉ ne lui en aurait laissé jouir et l’aurait contraint de la laisser au nommé Claude MEGET qui en aurait profité de plus de 3000 F, qu’au commencement de l’arrivée du sieur de BOURDONNAY dans son gouvernement il força lui qui dépose à se déporter de l’adjudication à lui faite par décret d’un gagnage sis à Moyenvic et le laisser au nommé François JOURDAUT son secrétaire sur lequel et sur ses cohéritiers il aurait été vendu et que de 600 francs qu’il en avait payé il n’en a été remboursé que de 300 et n’a pu être satisfait du surplus, qu’au mois de janvier dernier pendant l’absence du sieur de BOURDONNÉ le sieur DESCARTES, lieutenant du Roy ayant reçu une lettre ce change de 1000 livres que la ville devait payer pour la garnison de Moyenvic il ordonna que ladite somme serait levée dans huit jours et auparavant iceux passés ledit sieur DESCARTES étant venu en ladite ville et demandé si lesdits deniers étaient levés sur ce qu’il ne trouva le receveur qui les avait il fit mettre dans les logis des officiers de police chacun deux soldats qui demeurèrent un jour et une nuit et firent tant d’insolence même commirent quelques excès en la personne de l’un desdits officiers que l’on fut contraint d’en faire plainte à Monsieur l’Intendant lequel ayant ordonné qu’il en serait informé par le prévôt de Marsal ledit sieur DESCARTES l’aurait empêché et l’aurait fait sortir de la ville avec violence, qui est ce qu’il a dit savoir desdites plaintes, lecture faite de sa déposition a dit qu’elle contient vérité et a signé
