Claude CORDIER, marchand hôtelier demeurant à Vic, âgé de 62 ans ou environ, a dit et déposé que l’on ne tient plus de justice à Vic à cause que ledit sieur de BOURDONNÉ n’en veut point souffrir, que lui qui dépose ayant obtenu sentence contre quelques particuliers il en a empêché l’exécution et que s’il eut entrepris de le faire exécuter il l’aurait chassé hors de la ville comme il a fait le nommé CHABASSOL du moins l’aurait fait emprisonner ainsi qu’il a fait le procureur de Monsieur de Metz et son trésorier pour avoir voulu rendre justice, que quand pour le paiement de dettes de la ville, tailles et contributions les officiers de ladite ville ont fait quelques régalement et cotisation ledit sieur de BOURDONNÉ en décharge les uns pour charger les autres et ne souffre qu’elles soient levées qu’à sa fantaisie, que dans la ville ledit sieur de BOURDONNÉ advoue pour soldats quantité de bourgeois qu’il décharge de toutes tailles et contributions et encore qu’ils vendent vin et fassent d’autres trafics il ne souffre pas qu’on leur fasse payer les gabelles dues à la ville, bien que ces deniers soient employés à l’entretement de ponts et murailles et au paiement du blanchissage des linges des soldats du château et à la fourniture du bois et de la chandelle des corps de garde ce qui ruine la ville et les habitants à cause des continuelles tailles qu’il faut lever sur eux, que ledit sieur de BOURDONNÉ oblige la ville à fournir des linges et des linceuls aux soldats de la garnison du château, que le sieur DESCARTES, lieutenant de Roy a contraint ladite ville de lui fournir des meubles de prix, que les soldats pillent tous les fruits des jardins et héritages et lorsqu’on s’en plaint audit sieur de BOURDONNÉ il dit que cela revient tous les ans, qu’un habitant de Château-Salins ayant voulu empêcher que l’on ne fourrage aussi ses héritages il fut tué par l’un desdits soldats sans que l’on en ait pu avoir justice encore que les parents et la femme en aient fait plainte, qu’il y a trois ou quatre voulant avoir une certaine quantité d’orge il obligea les bourgeois de lui fournir  et n’en voulu payer que 6 francs de la quarte bien que pour lors elle valut 9 francs, que les laboureurs de la ville et des villages sont tellement surchargés de charrois pour le sieur de BOURDONNÉ qu’une partie ont abandonné et les autres menacent encore de quitter et se retirer en Lorraine comme font tous les habitants de ladite ville s’il ne leur est pourvu, a dit aussi qu’il y a deux ans que ledit sieur de BOURDONNÉ fit faire une levée de 2000 francs sur l’évêché pour curer les fossés et qu’en même temps il les fait travailler par corvées à faire une demi lune, qu’il a ordonné à tout l’évêché de lui fournir cent hommes et la ville ayant été cotisé pour sa part à quinze il les oblige à en fournir vingt et quand quelqu’un y manque il lui fait payer un franc par jour pour chacun comme il fait pareillement de tous les villages qui n’y envoient pas, qu’au mois de mars de l’année dernière ledit sieur de BOURDONNÉ commanda aux bourgeois de ladite ville de lui fournir 600 quartes de blé à trente gros mais ayant vu qu’il diminuait de prix il n’en fit faire la levée pour lors et attendit jusques au mois de novembre  suivant auquel temps le blé étant augmenté à 8 francs il en fit faire la délivrance à son manutentionnaire à raison de 30 gros la quarte et la plupart après avoir payé audit munitionnaire ont été contraint par le nommé GOURNAY domestique dudit sieur de BOURDONNÉ de fournir une seconde fois la quantité à laquelle ils étaient cotisés disant qu’ils n’avaient pas bien payés à avoir payé audit munitionnaire bien que le nommé LA TREILLE sergent du château ait fait commandement de lui délivrer, qu’au mois de février dernier ledit sieur de BOURDONNÉ ayant ordonné aux habitants de la ville et évêché de lui fournir 1000 quartes de blé pour sa garnison et la ville ayant été cotisé à 140 quartes pour sa part après l’avoir payée il a fait fouiller par toute les maisons par les officiers de ladite garnison et enlever tous les blés qu’ils ont trouvé qu’il a fait mener au château sans en laisser pour la nourriture des habitants et quelques particuliers lui en ayant été demandés il leur en a fait bailler à la charge de lui en rendre aux moissons prochaines un tiers plus qu’il ne leur en baillait et entre autres le nommé François ANTHOINE, bourgeois de Vic a fait un semblable traité et a dit que les châtellenies et mairies qui doivent leur cote part des 1000 quartes ont transigés avec lui et leur a accordé de les attendre jusque aux moissons prochaines à la charge de lui en bailler un tiers ou un quart plus qu’ils n’en doivent, qu’après avoir fait enlever tout le blé des bourgeois de ladite ville il a obligé depuis deux mois ceux qu’il a appris avoir signé la plainte faite contre lui de fournir du pain aux soldats de la garnison de Moyenvic et lorsque le pain ne plait pas aux dits soldats ou que quelqu’un manque de leur en bailler ils prennent des gages et les emportent, que ledit sieur de BOURDONNÉ a une telle haine contre lesdits particuliers qui ont signé ladite plainte qu’au passage de l’armée d’Erlac il ne voulut permettre qu’ils réfugiassent leurs meubles dans Moyenvic ni dans le château de Vic et ont été contraints de les mener à Marsal, qu’en haine aussi desdites plaintes il a chassé dès le lendemain de Pâques les sieurs DROUART, LECHANGEUR, THIRIET et HUYN qui sont les principaux officiers de la ville et sont encore à présent réfugiés à Marsal, qu’il a ouï faire de grandes plaintes aux charpentier et tarillons qui travaillent aux fortifications de Moyenvic, qu’ils ne sont pas bien payés, que pour ce sujet les nommés Thomas ANDRÉ et Clément URBAIN ayant quitté et étant allé travailler à des villages circonvoisins pour gagner leur vie ledit sieur de BOURDONNÉ a chassé leurs femmes hors de la ville et ne les a voulu permettre de rentrer que leurs maris ne soient de retour, a ouï dire à deux habitants de la Grande Bezange que ledit sieur de BOURDONNÉ leur avait fait prendre de la chaux sans qu’ils en aient été payé, a aussi ouï dire a des marchands de fer et des serruriers qu’il faisait prendre leur fer pour travailler aux portes de Moyenvic et qu’ils n’en pouvaient être payés, qui est ce qu’il a dit savoir, lecture faite de sa déposition, adit qu’elle contient vérité et a signé.