Claude THIRIET, échevin et lieutenant de la mairie de la ville de Vic, âgé de 55 ans ou environ, a dit et déposé que souventes fois des particuliers ayant voulu procéder par devant les officiers de la justice pour les différends qu’ils avaient le sieur de BOURDONNÉ lui en aurait fait défense par des billets qu’il leur envoyait et quelques fois par le nommé LA TREILLE, sergent de la garnison du château de Vic et quelques prières et remontrances qu’on lui ait fait sur ce sujet même le déposant y ayant été envoyé par ordre du corps de la justice pour avoir l’exercice de leurs charges … ils ne l’auraient pu obtenir, sait qu’il empêche l’exécution des jugements et arrêts et quand des particuliers lui disent qu’ils les ont obtenus avec grande connaissance de cause il répond qu’il n’a que faire de tels jugements et qu’il ne souffrira point, a ouï dire qu’il menaçait de rompre le col à ceux qui se pourvoient au Parlement, qu’entre autres le nommé Jean FRIOT ayant fait injures aux juges étant dans leurs sièges et pour ce condamné à une amende et réparation l’exécution du jugement aurait été empêché par un billet envoyé par ledit sieur de BOURDONNÉ et que le procureur de Monsieur l’évêque de Metz ayant voulu faire exécuter ledit jugement le nommé LA TREILLE le vint prendre et le mena dans le château de Vic où il fut emprisonné et après envoya aussi prendre par ledit LA TREILLE le sieur LE CHANGEUR, président de la police qui fut aussi emprisonné audit château où ils demeurèrent 10 jours, qu’une nommée Barbe veuve de DROUART ayant été accusée de sortilège et condamnée à un bannissement pour les cas résultants du procès ledit sieur de BOURDONNÉ la fit rentrer dans la ville et lui ayant été remontré que le peuple avait grande émotion contre elle il s’en moqua, qu’ayant un décret contre un nommé Mathia THIRIET pour avoir battu et excédé un sergent en faisant sa charge ledit sieur de BOURDONNÉ empêcha l’exécution et information et que plusieurs sergents ont été emprisonnés au château pour avoir mis à exécution des décrets de justice, a dit en outre que ledit sieur de BOURDONNÉ advoue plusieurs bourgeois de la ville pour soldats qu’il exempte de toute cotisation, logement et imposition quoi qu’ils fassent trafic, exempte des quartiers d’hiver et contribution quelques bourgeois contre les ordres de police à la surcharge des autres bourgeois, que les soldats de la garnison de Moyenvic vont journellement dans les vignes et jardins prendre les fruits et pendant l’hiver coupent les arbres pour leur chauffage, se souvient qu’il y a trois ou quatre ans ledit sieur de BOURDONNÉ obligea quelques bourgeois de Vic de lui fournir certaine quantité d’orge et qu’il ne la paya qu’à raison de 6 francs la quarte quoiqu’elle valut 9 francs et que le déposant ayant été cotisé à 3 quartes et n’en ayant point il fut contraint d’en acheter et en paya 9 francs la quarte, sait que les laboureurs de Vic sont grandement surchargés de corvées pour charroyer le bois, foin et autres denrées pour la maison dudit sieur de BOURDONNÉ et voit qu’ils en font plus de 1000 par chacun an, qu’il fait curer et nettoyer les fossés de Moyenvic depuis un an et quoi que la ville de Vic ait payé en argent la somme à laquelle elle a été cotisée ledit sieur de BOURDONNÉ n’a laissé de contraindre les habitants d’y envoyer pendant le temps que l’on y a travaillé 15 ou 20 hommes par jour et même depuis deux mois n’a voulu recevoir audit travail des femmes ni des filles ce qui incommode extrêmement les bourgeois, qu’au mois de mars 1648 ledit sieur de BOURDONNÉ ayant fait faire visite des blés qui étaient dans la ville il ordonna qu’ils soient pris 5 ou 600 quartes à raison de 30 gros la quarte pour la garnison de Moyenvic et quoi que les bourgeois ayant offert de lever la quantité à laquelle ils étaient cotisés il ne le fit prendre que 5 ou 6 mois après auquel temps le blé valait 7 ou 8 francs la quarte et néanmoins n’en ont été payé qu’à trente gros et ouï dire quoique quelques particuliers avaient été contraints de fournir deux fois la quantité qu’ils cotisent , sait que ledit sieur de BOURDONNÉ ayant eu permission de lever 1000 quartes de blé sur l’évêché et la ville de Vic en ayant fourni pour sa cote 144 suivant l’ordre dudit sieur intendant ledit sieur de BOURDONNÉ s’aurait laissé au mois d’avril dernier d’envoyer des officiers de sa garnison dans les maisons des particuliers qui prirent tous les grains et farines qu’ils trouvèrent et les firent mener au château de Vic ce qui a réduit partie des bourgeois à manger du pain d’orge et d’avoine et outre a contraint ceux qui ont signé la plainte faite contre lui de fournir du pain de munition aux soldats de sa garnison de Moyenvic suivant la cotisation qu’il en a faite avec menace à ceux qui n’en voudraient fournir d’envoyer vivre les soldats chez eux, sait aussi qu’il a fait passer des obligations à quelques communautés pour livrer cotes de 1000 quartes de blé et qu’au lieu d’une quarte qui est de 4 bichets quelques unes lui en doivent donner 5 bichets aux moissons prochaines, que le lendemain de Pâques il fit sortir de la ville le sieur DROUART, lieutenant général, Jean LECHANGEUR, trésorier, Claude THIRIET, maire, Jean HUYN, avocat et sont encore à présent réfugiés à Marsal et voit le déposant que ce n’est pour autre sujet que pour avoir signé la requête et plainte faite par les habitants de ladite ville contre ledit sieur de BOURDONNÉ, qui est ce qu’il a dit savoir desdites plaintes, lecture faite de sa déposition a dit icelle contenu vérité et a signé.
