Didier THOMAS, laboureur demeurant  à Vic, âgé de 40 ans ou environ… dépose avoir ouï dire et que c’est un bruit commun dans Vic que le sieur de BOURDONNÉ empêche l’exercice de leurs charges aux officiers de justice, que personne n’oserait se plaindre ni adresser à eux sans sa permission ni aucun sergent gager ou faire aucun exploit ni mettre jugement à exécution et que quand il le font il les fait mettre dans la Tour noire qui est une prison du château, que ledit sieur de BOURDONNÉ leur fait enlever leur blé par ses gens sous prétexte de l’employer à la subsistance de sa garnison de Moyenvic, qu’en l’année dernière ayant ordonné aux magistrats de faire lever certaine quantité de blé dans la ville de Vic lui qui dépose aurait été cotisé à 10 quartes ainsi qu’il nous a fait paraître par le billet du clerc juré de la ville qu’il nous à mis en main desquelles il devait être payé à raison de 30 gros la quarte. Il les aurait été offrir en même temps au nommé GOURNAY domestique dudit sieur de BOURDONNÉ et en lui payant suivant ladite taxe mais ledit de GOURNAY ne les aurait lors voulu recevoir et aurait attendu jusque au jour de sainte Catherine d’hiver auquel jour il lui aurait envoyé le nommé LA TREILLE, sergent, avec le manutentionnaire lui faire commandement de la délivrer autrement qu’on lui enverrait des soldats chez lui et ce à 30 gros la quarte bien qu’il valut lors 8 francs barrois lequel aurait fait crainte desdits soldats comme il nous a fait apparaître par un billet signé Jean VUATOT, munitionnaire et que néanmoins 8 jours après ledit GOURNAY vint en sa maison avec ledit LA TREILLE et autres soldats lui demander lesdites quartes de blé et lui ayant été représenté par le déposant qu’il les avait délivrées audit manutentionnaire en présence dudit LA TREILLE et qu’il avait été employé à faire du pain de munition pour les soldats de la garnison de Moyenvic, ledit GOURNAY n’aurait laissé de prendre par force 10 autres quartes de blé sans les payer et qu’il y a quelques temps que ledit sieur de BOURDONNÉ les oblige de lui fournir une certaine quantité d’orge par forme d’emprunt que lui déposant fut cotisé à 10 quartes pour sa part dont ayant demandé le payement il n’en donna que la moitié ou  les deux tiers au plus, qu’il y a trois mois ou environ que ledit sieur de BOURDONNÉ envoya des officiers de la garnison avec des charrettes par la ville et que tout le blé qu’il trouvèrent aux logis des habitants ils le prenaient sans en payer aucune chose et a vu des particuliers se plaindre qu’ils ne leur en avaient non plus laissé qu’il y en avait dans leur œil, que les charges de si grande quantité de corvées qu’il leur ôte le moyen de laboureur leurs terres ce qui les oblige de prendre la résolution de quitter aussitôt qu’ils auraient fait le peu de levée qu’ils ont à faire, a ouï dire que quand les magistrats de la ville ou monsieur l’intendant ont fait une taille, il fait décharger et exempter plusieurs particuliers sous prétexte de les advouer pour soldat et fait porter toute la taille aux autres, sans vouloir souffrir qu’aucune taille soit levée soit dudit sieur Intendant ou des magistrats qu’à sa fantaisie, qu’il a vu chasser lesdits magistrats hors de la ville par ordre dudit sieur de BOURDONNÉ un peu après qu’il fut retour de Paris à cause qu’ils s’étaient plaints de ses violences, a dit en outre qu’après avoir fait prendre tous leur blé, il contraint ceux qui ont fait lesdites plaintes de fournir du pain pour la subsistance de la garnison bien que la plupart soient réduits à manger du pain d’orge et d’avoine et que quand ils ne peuvent fournir ledit pain ou qu’il n’est pas à la fantaisie desdits soldats il les envoie dans les logis prendre des gages qu’ils portent chez des boulangers qui leur fournissent du pain dessus et qu’il y a environ quinze jours, ils furent en la maison du déposant où ils prirent un chaudron qu’ils portèrent chez un boulanger pour avoir du pain, a dit aussi que s’étant allé plaindre au sieur DESCARTES de ce que le manutentionnaire avait pris leur blé et lui ayant fait entendre qu’ils avaient pris résolution de s’en plaindre il les aurait forcé de prendre une obligation pour le paiement de leur dit blé en laquelle il disait qu’il entrerait caution à cause que ledit manutentionnaire doit plus qu’il n’a vaillance ce qu’il n’a fait, qui est tout ce qu’il a dit savoir desdites plaintes, lecture faite de ladite déposition, a dit icelle contenir vérité et a signé.