Jean SOMMAILLE, laboureur demeurant à Vic, étant de présent en cette ville de Toul, âgé de 63 ans ou environ après serment par lui fait de dire vérité, a dit que le sieur de BOURDONNÉ empêche aux officiers de justice l’exercice de leurs charges, les particuliers de s’adresser à eux pour juger les différents qu’ils ont les uns contre les autres et quand quelqu’un d’eux a obtenu jugement soit des juges ordinaires ou du parlement il en empêche par menace et violences l’exécution et encore qu’il ait été sommé et prié par lesdits officiers de leur laisser l’exercice de leurs charges, il ne l’aurait voulu faire, que lui qui dépose ayant reçu injures atroces d’un particulier il lui aurait envoyé son fils pour le prier et le sieur DESCARTES son lieutenant de permettre qu’il en poursuive la réparation en justice et néanmoins lorsqu’il eut baillé sa plainte aux juges, sa partie l’ayant été trouvée, il lui aurait baillé un billet portant défense aux juges d’un connaître à cause de quoi, il n’aurait pu avoir justice des torts qu’ils lui ont été faits, ledit sieur de BOURDONNÉ ne voulant souffrir que les juges fassent justice ni la faire, qu’il est …… dans la ville de Vic et qu’il la souvent ouï dire que ledit sieur de BOURDONNÉ empêche toute sorte de justice et que les sergents n’osent mettre les sentences à exécution de crainte d’être emprisonné, a dit qu’outre la justice que ledit sieur de BOURDONNÉ empêche il faut encore décharger plusieurs particuliers selon qu’ils lui sont agréables des tailles auxquelles ils se trouvent imposés par les magistrats de la ville et les fait rejeter sur les autres bourgeois qui s’en trouvent ordinairement foulés, qu’il advoue pour soldats plusieurs particuliers habitants de ladite ville faisant trafic de blé et autres denrées lesquels il décharge de toutes impositions et gabelles et n’y a qu’eux qui puissent et osent trafiquer, sait que ledit sieur de BOURDONNÉ souffre quoi que l’on lui en ait souvent fait plante que les soldats …. Dans les jardins de particuliers desquels ils enlèvent les fruits, pois et fèves et a ouï dire que lorsqu’on lui en fait plainte il dit que les fruits viennent sans …. Et ne coûtent rien à faire venir, et aussi ouï dire au nommé Didier THOMAS qu’il y a trois ou quatre ans que ledit sieur de BOURDONNÉ contraignit les habitants de Vic et des villages d’alentour de lui donner une grande quantité d’orge à raison de 6 francs la quarte encore qu’on l’achetât 9 à 10 et sait bien que força ledit THOMAS de lui en donner une certaine quantité, ne sait quelle, et qu’à lui qui dépose il fit prendre par force dans son grenier 2 quartes de blé appartenant a des habitants de Arracourt village d’au près de Vic lequel blé il a été contraint de payer, que ledit sieur de BOURDONNÉ les charge de tant de charrois et corvées soit pour lui ou pour la garnison que la plupart des laboureurs sont contraints d’abandonner le pays que lui qui dépose a fait une fois 24 charrois et qu’il ne se passe point d’année qu’il n’en fasse plus de 60, qu’outre ces corvées ledit sieur de BOURDONNÉ leur fait souvent prendre leur blé pour sa garnison sans en payer qu’une petite quantité et encore à vil prix que nommément l’année dernière les magistrats de la ville l’ayant taxé à 10 quartes pour la part de la fourniture du blé de la garnison de Moyenvic que ledit sieur de BOURDONNÉ devait faire payer à raison de 30 gros la quarte, lui qui dépose fit avertir le nommé GOURNAY son domestique de le venir prendre ce qu’il ne voulut faire et 5 ou 6 mois après le blé étant enchéri des deux tiers et plus il l’a contraint de lui délivrer lesdites 10 quartes de blé et ne lui a voulu payer que trente gros, et qu’encore qu’il ait fourni ledit blé au nommé LA TREILLE, sergent de la garnison du château par ordre dudit sieur de BOURDONNÉ, néanmoins ledit de GORNAY lui dit qu’il l’avait mal délivré et le força de lui en donner 10 autres quartes bien que ledit LA TREILLE et le munitionnaire de la garnison disent audit de GOURNAY que son blé avait servi à faire du pain de munition pour les soldats et que la même violence qui lui a été faite par ledit de GOURNAY a été faite à plusieurs particuliers dudit lieu de Vic qui ont été contraints et forcés par le bris et rupture de leurs portes de livrer une seconde fois le blé de leurs cotes bien que le premier qu’ils avaient livré eut été employé pour la nourriture des soldats , que la présente armée y ayant eu ordre de monsieur l’intendant de lever sur l’évêché 1000 quartes de blé pour la subsistance de la garnison les habitants de la ville de Vic ayant payé la cote part à laquelle ils étaient cotisés, ledit BOURDONNÉ ne laissa pas d’envoyer ses gens dans les maisons des particuliers et fit enlever par force tout ce qui leur restait de sorte que la plupart sont réduits à manger du pain d’orge et d’avoine s’étant contenté de prendre des obligations des villages et communautés dudit évêché qui doivent payer leur part dudit blé de lui délivrer aux moissons prochaines et lui bailler 6 bichets pour la quarte encore que la quarte ne soit que de 4 bichets ce qu’il sait pour l’avoir ouï dire à plusieurs habitants desdits villages à cause de la plainte qu’ils en ont fait audit sieur intendant il les a encore surchargé de la nourriture de ses soldats par une imposition qu’il a faite lui-même en laquelle il n’a compris que ceux qui se sont plaint sans vouloir souffrir que les autres habitants contribuassent bien qu’il y eut ordre dudit intendant sur une nouvelle plainte de ladite imposition de les y comprendre, à dit de plus qu’à l’approche de l’armée commandée par le sieur d’ERLAC, il aurait été trouver le sieur de BOURDONNÉ de la part des laboureurs pour le prier de permettre qu’ils réfugiassent dans Moyenvic leurs chevaux et meilleures hardes de crainte qu’ils ne fussent pillés par les soldats et étant devant ledit sieur de BOURDONNÉ il lui aurait reproché que les habitants lui voulaient faire faire son procès et l’aurait fait sortir de sa chambre et étant au bas de son logis il lui aurait fait dire par le nommé GODOT son prévôt de la garnison que s’il voulait porter lesdits laboureurs de déclarer que les plaintes qu’ils avaient faits étaient par force, il leur permettrait, ce que n’ayant voulu faire et lui ayant remontré et fait remontrer que les maux et les violences qu’il leur faisait souffrir les contraignait de se plaindre, il aurait reparti que s’il sortait quelque chose hors de la ville il le ferait piller, qu’en haine des plaintes que lesdits habitants ont faites dès qu’il fut de retour de Paris, il chassa tous les officiers de la justice hors de Vic, même le sieur DROUART, lieutenant général quoiqu’il fut malade de goutte, a dit encore que depuis 3 ou 4 ans en çà il a forcé la ville de lui fournir des hommes pour couper son bois de chauffage et de sa garnison ou de les payer et qu’il cotise de même les villages de lui fournir certaine quantité de bois, ce qui n’avait accoutumé d’être fait auparavant, tout est ce qu’il a dit savoir desdites plaintes, lecture faite de sa déposition a dit qu’elle constitue vérité, déclaré ne savoir signer et fait sa marque.
