Le mardi sixiesme de juillet mil cinq cens quatre vingts

Et treize Dediatte vefve de feu Claude Guyot en son vivant

Sallineur aux sallines de Dieuze présentement détenue es

Prison dudit Dieuze, Estante interrogée et ouye par sa

Bouche par les maire et gens de justice dudit lieu pour

Avoir ésté accusée de Blaizette vefve de feu Jean Bauward

Dudit Dieuze (dernièrement exécutée) estre de ses complices

En faites de sortillege a ésté adjurée puis interrogée

De dire vérité sur ce qu’elle serait enquise et interrogée

Laquelle a dicte et recognue et volontairement confessé  ce que s’ensuyt

Et le tout sans force ne contraincte.

 

Et premier

 

Enquise et interrogée de son aage ?

Dict estre aagée de quarente six ans ou environ

 

Interrogée du lieu de sa nativité ?

Dict et respond estre natifve de Marseilly proche de Langres

 

Enquis depuis quel temps elle est venue par deça ?

Dict et respond qu’ung sien frère l’admena par deça et

Mendiait ses aulmognes auprès des bonnes gens qui

Luy faisaient du bien

 

Interrogée de la cause de son emprisonnement ?

Dict ne savoir aultre occasion sinon que le sergent

Qui l’aurait apprehendée en ce lieu luy dict qu’il l’apprehendait

Au nom de son Altesse pour une sorcière.

 

Enquis s’il est vray qu’elle vit telle ?

Dict qu’il y eust à Noel passé trois ans ou environ

Qu’elle s’en allait au boys quérir ung fardeau de boy et

Que passant par-dessus le grand pont allant à Blancheéglise[1]

Elle print son chemin vers le champs (appellé le champ

Favel) et estant illec es hayes qu’est sur le Ruz du


Rouge estang, elle estait triste et sa print à plourer pour ce

Qu’elle avait necessité de vivre, la ou ung grand homme noir

S’apparut à elle luy demandant s’y elle le voulait croire et

Sy elle se voulait convertir à luy, laquelle luy demanda

S’il estait ung diable, lequel luy respondit qu’ouy, et

Lequel demandant à la prévenue s’y elle se voulait

Laisser tanter et faire son plaisir d’elle, mais qu’il falait

Qu’elle renye Dieu et prenne ce malin pour son maistre

Luy respondit icelle qu’elle y accordait et après  qu’elle

Eust ce dict il accomplt ça première volunté avec elle

Ayant copulation, lequel était froid comme marbre

Luy mist la main ung peu au dessus du front luy arrachant

Quelques cheveulx de la teste, puis luy donna ung drappelet

Ou y avait trois gros de monnoye avec lesquels ladicte

Dediatte prévenue achapta du pain , le nom duquel dict

S’appeler persin, lequel se departit d’elle et comme

Il s’en allait elle ouyt bruyre comme ung vent luy

Ayant dict avant son departement d’elle qu’il retournerait

Auprès d’elle au bout de quinze jours. Au bout desquels ladite prévenue s’en retournant au bois au mesme lieu et

Place environ les huit heures du matin s’apparut

Iceluy derechef à elle luy disant qu’il fallait qu’il

Eust encore son plaisir d’elle, ce qu’elle luy octroya

Alors luy dict qu’il falait qu’elle se retrouve le mardy

Suyvant vers Wargaville [2]au dessus de la fontaine et au bout

De trois ou quatre jours, elle s’achemina vers la

Bonne maladrie ou trouvant son dit maistre persin la

Feit monter sur une mothe de terre, et luy dict monte

La dessus au nom du Diable, lequel incontinent

la chargea et l’emporta jusques sur la fontaine, auquel lieu

elle trouva Tante Blaizatte Royne et elle prévenue

qui tenaient leur sabbats …. dol contre dol

et la rapporta au lieu qu’il l’avait heu chargée


Interrogée ou elle at encore esté pour faire mal ?

 

Dict avoir este chieux Dietrich Hindern feu y a environ ung mois

Et illes donnarent  (elle et ses complices) ung brevage au petit

Enffant dudit Dietrich environ la minuict y estant elles trois

Scavoir, la prévenue, Reyne présentement  détenue et Blaizatte

(cy devant exécutée) et ce à l’occasion que la femme Dietrich

n’avait envoyé ung morceau de pain à ladite Blaizatte

et dit encor la prévenue que Tante Blaizatte la fut

appellée pour y aller, lequel brevage ladicte Blaizatte

versait  dedans ledit enffant, Tante Reyne allumait et la

prévenue tenait la teste

 

Enquise comment elles entrarent en la chambre de l’enffant ?

Dict la prévenue qu’elles y entrarent en guise de chatte

Et qu’elles passarent toutes les trois par-dessous l’huis

Dict aussi avoir assisté ses complices lorsqu’elles furent

Donner un brevage au bœuf  de Thietric du fourneau le

Sergent, et pouvait estre environ la minuict, et confesse

Encor que le tout fut à la persusion et induction de

Ladicte Blaizatte soy disant que c’estait à cause dudit

Morceau de pain que la femme dudit Dietrich ne luy avait

Envoyé et qu’elle prévenue tenait la tête, tante Reyne tenait la

Chadelle et tante Blaizatte versait ledit brevage

Dict en oultre que par ung certain jour de l’année précédente

1592 elle s’en allait cuillir des saulcettes pour ployer

sa vingne derrière Mulcey avec Tante Reyne,

 

Desquelles confessions responses et denegations ont esté

Rédigées par escript en la maison cy devant déclarée

Par  ung Clerc Juré soubsigné faict à Dieuze ledit

An et Jour devant dits Tesmoing mon seing manuel

 

J.FOURNIER

 

L’on n’a fait aulcune information préparatoire sur ladite

Dediatte détenue parce que personne ne pensait qu’elle fut telle

A cause qu’elle mendiait par la ville et ne scavait en rien de ses

Affaires n’eust esté que Blaizatte dernièrement exécutée par feu qui

Accusa icelle estre ses complices et l’ayant emporté au feug


Le procureur général de Lorraine soubscript  que a veu lesdits

Interrogatoires faicts par les sieurs maire et gens de

Justice de Dieuze à dediatte vefve de feu Claude

Guyot luy vivant salineur aux salines dudit Dieuze

Et ses responses à ….. par lesquelles elle reconnaît

Librement les sorceleries….. qu’elle a perpétré requiert

 

Néanmoins …

A ce qu’il soit informé de plus scavoir s’ils sont advenus

Comme elle le dictet en quel temps mesme si elle

En a encor perpétré d’autres pour le tout rédigé des escripts

Et à lui procureur communiqué y prendre telles….

Et ….. qu’il ..rra estre de raison faict à nancy

Le XXIIII juillet 1593

 

REMY [3]

 

Les soubsignés maître échevin et échevins de Nancy qui ont

Veus les interrogations faicts à Diediatte vefve de feu

Claude Guiot luy vivant salineur des salines de

Dieuze les résponses à iceux  ….. ses confessions

Et dénégations avec les …. Du sieur procureur

Général de Lorraine diens qu’il y a matière

D’adjuger audit sieur procureur ses…

  …. Faict à Nancy ce 25 juillet 1593


Le mercredy vingt huitiesme de juillet 1593

La devant dicte Dediatte retenue es prison de ce lieu

De Dieuze estant en oultre interrogée et examinée

Les maire et gens de la justice de cedit lieu le tout

En eu ayant la conclusion de Monsieur le procureur

Général de Lorraine du XXIIII e ensemble l’advis

Et délibération de Messieurs les maître échevin et échevins

De Nancy en date du XXv dudit moy et at

Icelle dict recognut et confessé …..

 

Et premier

 

Enquis et interrogée ladicte prévenue s’il est vray

Qu’elle ayt … ou donné le bénéfice à l’enffant du

Sergent Dietrich ainsi qu’elle l’a heu cy devant confessé et recognu ?

Dict et respond que ouy qu’elle et ses complices y

Furent et qu’elle estait en guige de chatte et leurs

Maîtres leur ouvrirait l’huys de la chambre ou était

Ledit enffant.

 

Interrogée s’il est vray qu’elle et ses complices soient esté

A la cimetière neufve de ce lieu querir ung enffant

Morné pour en faire pouldre ? Dict que non.

 

Enquise sy elle n’a esté danner avec ses complices derrière

La Newstatt au derrière de la Salline de ce lieu

Dict la première que non ny avoir jamais esté.

 

Interrogée sy elle n’a esté sur le petit estang allant

A Blancheeglise pour faire de la grelle avec Reyne.

Dict et respond que non.

 

Interrogée sy elle n’a aydée à donner ung brevage au cheval

Du Rossel de ce lieu avec ses complices ? Dict ladite prévenue

Que non qu’elle n’y a point esté.

 

Enquise et interrogée de Nous dire et confesser la

Vérité ou elle à doncq esté ? Dict et respond qu’elle


N’a jamais esté en aultre lieux pour faire mal qu’elle

Puisse dire ou scavoir qu’elle soit esté avec ses complices

Que comme elle la confessé cy devant et que c’est la

Pure vérité et qu’ainsy soit elle veult vivre et

Mourir la dessus qu’elle n’en saurait rien dire  ne

Déclarer davantage priant à Dieu et à Justice avoir

Pitié de son ame.

 

Toutes lesquelles confessions responses et dénégations

Cy devant ladite Blaizatte a recognu et

Confessé en présence desdits de Justice et de moy

Clerc Juré en icelle soubscript les an et jour devant dits.

 

J.FOURNIER

 

Le procureur general de Lorraine qui a veu ce que besongne

A esté par vous messieurs les maire et gens de justice de

Dieuze au présent procès depuis ses conclusions du XXIIII

Du présent moys persiste à requérir quil soit satisfaict

Au contenu en icelles scavoir quil soit informé que les

Venefices confessés et recognus par la prévenue sont

Advenus …. La manière quelle dict et à ses fins ouyr

Les personnes à qui elle a causé des dommages par ses dicts

Venefices …. Domestiques, voisins et aultres qu’il

Appartiendra pour avoir ….. des droits benefices

Et d’autant qu’elle en donne aussy d’aultres dont elle

Est chargée par sa complice nommée Reyne … …

Sur ce … à l’autre pour le tout rédigé des escripts

Et à luy procureur communiqué y prendre telles fins

Et conclusions qu’il trouvera … de raison faict

A Nancy le XXXe juillet 1593

 

REMY.

 


Veu maître échevin et échevins de Nancy qui

Ont leu le besongne faict  depuis leurs advis du

Vingt cinquième juillet contre la y dénommée Dediatte

… lesdites …. Du sieur procureur général et

Lorraine ai dit qu’il y a matière d’adjuger audit

Sieur procureur lesdites fins … … faict à nancy

Ce dernier jour de juillet 1593.

 

 

Le mercredy troisesme jour d’aoust 1593 suyvant

Les requistre de Monsieur le Procureur Général de

Lorraine escripte d’aultre part, datée à Nancy du XXXe

Juillet dernier passé et de Messieurs les maître eschevin et

Eschevins dudit Nancy du dernier dudit moys persistant

Qu’il soit satisfait à celles du XXIIIIe dudit mois de

Juillet 1593  et informé des bénéfices confessés et recognus

Par ladite Dediatte s’ils sont advenus en la manière

Qu’elle a dicte surquoy les personnes ont ésté ouyes

Pour la vérification dudit faict par les gens de justice

De ce lieu de Dieuze comme ay a présent escript

 

Et premier

Ladicte Dediatte confesse derechef sans force ne

Contraincte les mesmes points et articles que cy devant

Et les maintient et y persistant toujours, asscavoir

Oultre lesdites tentations et adhérences par elle fete et heue

Avec le malin esprit et renyé le bon dieu ainsy

Que plus amplement en est fait mention en ses dites


Confessions précédentes dict qu’elle a assisté avec ses

Complices, Blaizatte et Royne elles trois à donner ung

Brevage (par elle préparé) à l’enfant de Dietrich du

Fourneau sergent de Monsieur le Bailly d’Allemagne de ce lieu

Nuictamment estant au berceau devant le lict à l’occasion

D’ung seul morceau de pain que Margueritte femme dudit sergent

Mère audit enffant ne luy avait envoyé en sort

Qu’iceluy enfant a esté mort dudit brevage et que comme

L’on sonnait en cedit lieu la cloche pour porter ledit enffant

En terre elle prévenue estait pour l’heure mesme devant

Le losgis du sieur Gouverneur de ce lieu mendiant ses aulmones

Ou elle vint suyvre l’assistance qui suyvaient après ledit

Enffant et les accompagna jusqu’à se veoir mettre en

Terre en la cymethière

 

(en marge) estant encor ouy ledit Dietrich sergent dict qu’il est vray que sondit enffant esté mort et qu’il eust bien désiré s’il eust pleu  à Dieu que la fortune ne fut advenue.

 

Quant à l’informer plus amplement du brevage donné

Audit enffant par elle et ses complices il en est faicte

Ample déclaration en  l’enqueste ou information  ….

Contre Blaizatte (cy devant exécutée) cy-joint

Appert de ce par la déposition du sixième tesmoing nommé

Jean fontaine vers la fin comme aussy par la déposition

Dudit Dietrich sergent tesmoing douzième et de Margueritte sa

Femme père et mère dudit enffant  prevu 14e et desquels

Luy ont aussy maintenus à la confrontation pour ce faite appert

Au feuillet 14e de ses confessions et laquelle Blaizatte l’a

Confessé bien au long comme elle y aurait esté avec ses complices

Asscavoir ladite prévenue Dediatte et Reyne.

 

Enquise et interrogée à la suite Dediatte prévenue

S’il est vray qu’elle et ses complices ayt aussy donné ung brevage nuictamment à ung cheval appartenant

Au Rossel de ce lieu ? A dict et respondu ladite prévenue

 

(en marge) la femme de Demenge Roffel de ce lieu maintient que leur cheval mentionné en cestuy article fut … et mourut environ la penthecoste dernière.


Prévenue que ouy et qu’elle y estaient ensemble estant

Ledit cheval de poil noir lequel en mourut et ce à

L’occasion comme elle a entendu de la devant dite Blaisatta

Qu’on luy avait refusé l’aulmosne au losgis dudit Rossel

 

Enquise sy elle n’a esté quérir des enffants nuictamment

En la cymethière de ce lieu avec ses complices et combien ?

Dict et respond la prévenue en avoir esté quérir deux

Et qu’elles en firent pouldre.

 

Interrogée a … c’étaient esté !

Dict qu’elle n’en scait rien

 

Enquise sy elle at aussy assistée avec ses complices

A faire mourir le cheval de George forrestier aultrement

Dit et appellé le hault Georges ? Dict qu’ouy, que ce fut

A cause que la femme dudit hault George avait dit à

Ladite Blaizatte qu’elle luy donnerait du filet et elle

Ne luy en donna point et y a environ ung an et demy

(en marge) ayant ouy  parler la femme du hault George a sur ce dit que ledit cheval fut enp… et mourut environ quinze jours après pasques de l’année 1592

 

Enquis ou elles sont eus resté pour faire mal ?

Dict qu’elles donnarent encor ung brevage au bœuf de Thietrich le sergent combien qu’il fut bien

Malade que s’il ne fut esté secouru il en fut esté mort

(en marge) la femme dudit Thietrich confesse et maintient ceste article véritable et qu’elle ont eu grande peine de remettre  sur leurdit bœuf.

 

Interrogée ou elle fut encor et sy elles ont commis ou perpétué d’autres mauvais actes ?

Dict que non, sinon qu’elles furent ung jour sur la

Fontaine allant à Wargaville et y avoir dansé avec sesdites

Complices qui s’y quelle la dernièrement recognu

Ne sachant rien davantage et de toutes lesquelles choses

Elle en … mercy à dieu et à justice

 

J.FOURNIER

 


Et estant la devantdite Dediate depuis ce confrontée

A Roy,e sa compagne pour deux ou trois points qu’elles

Estaient en division et hors de mémoire …. En fin

Rapprochée et …. L’une avec l’aultre

Tesmoing  le seing manuel de moy clerc juré audit Dieuze

Soubscript ledit an et jour devant dits

 

J.FOURNIER

 

 

Le procureur général de Lorraine soubscript qui a bien le

… procès extraordinairement fait par vous messieurs

Les maire et gens de justice de Dieuze à l’encontre de diatte

Veufve de feu Claude Guyot en son vivant salineur audit lieu

Prévenue de sortilège maintient icelle de estre suffisamment

Convaincue … … a ce quelle soit condamnée à estre

Mise au carcan puis conduite au lieu destiné aux

Executions criminelles des sorciers et la estranglée à ung

Posteau qui y sera pour ce erigé après néanmoins avoir

Senty le feu vivement son corps reduit en cendre ses biens [4]

Déclarés acquis et confisqués a qui il appartiendra les

Frais de justice sur ceux prealablement prins ? faict

A Nancy le Ve aoûst 1593

 

REMY

 

Les maître eschevin et eschevins de Nancy

Ont veu le besongne faict depuis leurs advis du 25 juillet

Contre la y dénommée Dediatte disent qu’il y a matière

d’interroger de nouveau ladite Dediatte sur la confession

qu’elle a faicte des trois gros qu’elle reçu de son Maître

Persin dont elle achepta du pain a raison qu’il

Ne se trouve que le malin esprit ayt puissance de donner

Réellement argent ou or à ceux qu’ils lui ont

Adjurés et on ladite Dediatte persisterait en ses confessions par cy devant faites, la condamne

Aux peines suivant les requises du sieur procureur général de Lorraine

Faict à Nancy ce cinquième aoust 1593

 

BOURGEOIS, PHILBERT, GUICHARD

 

 

 

 

 



[1] Blanche-Eglise.

[2] Vergaville

[3] Nicolas REMY, né à Charmes vers 1530, il fit ses études en France et devint licencié es lois.  En 1575, le duc le fit membre du tribunal des échevins de Nancy qui jugeait les causes criminelles de la prévôté de Nancy et donnait son avis sur les sentences des tribunaux locaux du duché de Lorraine. Il s’y fit la réputation de meilleur connaisseur de la sorcellerie. Ceci l’amena à écrire en 1592 un traité «  les trois livres de la démonologie » publié en 1595 et 1596. En 1591 il fut nommé procureur général du duché de Lorraine ; A ce poste il pourchassa sans répit les sorciers et c’est peut-être 2000 personnes qui furent condamnées au bucher.

 

[4] Les trois veuves Blaisatte, Reine et Didiatte furent effectivement exécutées à Dieuze en 1593.